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S'inspirer de la Sécu à la française ne serait pas une si mauvaise idée PDF Print E-mail
Written by Mathieu Capcarrère, le Temps   
lundi, 26 février 2007

ImageMathieu Capcarrère, consultant à Lausanne, décortique les chiffres des coûts de la santé et en conclut que la Sécurité sociale française n'est pas forcément le monstre que l'on décrit.

Les opposants à la caisse unique citent souvent la sécurité sociale française comme épitome du monstre bureaucratique, générant déficits et coûts exorbitants que serait une telle caisse. Pourtant, à y regarder de plus près, les performances économiques et médicales de la «Sécu» sont loin de faire pâle figure comparées aux nôtres.

Prenons les coûts administratifs, seul domaine de coût sur lequel les assureurs ont tous les pouvoirs et sur lequel la concurrence devrait jouer à plein. santésuisse se gargarise d'un 5,4% en moyenne en 2006. C'est bien... Moins bien cependant que les 4,6% auxquels se sont montés les frais administratifs de la branche maladie de la Sécu. Même un monstre administratif rempli de fonctionnaires arrive à faire 15% moins cher.

Soyons honnêtes, le coût administratif est relativement anecdotique par rapport au coût global de la santé, et ce qui importe c'est d'avoir un système qui limite ceux-ci. Cet argument n'a pas été mis en avant par Santésuisse, et pour cause. Les coûts globaux de la santé sont de 11,5% du PIB, soit les deuxièmes plus élevés au monde derrière les Etats-Unis. Déficits compris, les coûts de la santé sont en France de 10,5% du PIB. Et ceci relativement à la richesse du pays, la comparaison en montant brut serait encore plus défavorable.

Le match tourne mal, mais laissons le passé et tournons-nous vers l'avenir. Pour qu'un système de santé soit durablement supportable, il faut que ses coûts restent maîtrisés. Santésuisse affirme d'ailleurs que l'un des effets les plus positifs de la concurrence, c'est de stimuler un contrôle tatillon des coûts. Hélas, là encore, les chiffres de l'office fédéral de la statistique (OFS) s'acharnent contre les assureurs. L'augmentation des coûts entre 1985 et 2004 (derniers chiffres disponibles) fut de 46% en Suisse. La performance ne semble pas extraordinaire car seuls le Portugal et les Etats-Unis font pire, mais la Sécu et ses déficits chroniques ne font sûrement guère mieux. Pourtant là encore l'image est trompeuse: les coûts en France n'ont augmenté «que» de 28% entre 1985 et 2004.

Nous avons donc un système cher, dont les coûts augmentent vite et avec un coût administratif sous-optimal, mais c'est le prix à payer pour avoir une bonne couverture, non? A y regarder de plus près, ce n'est cependant pas là non plus un très bon exemple. La Sécu a remboursé en 2005 77,1% des coûts globaux de la santé. Nos assureurs via la LAMal, seulement 32,8%! Même en prenant en compte l'assurance accident, l'AI, l'Etat, les complémentaires, etc., les Français payent directement de leur poche, c'est-à-dire sans solidarité entre riche et pauvre ou entre malade et bien portant, 8,7% des coûts de la santé, et nous, pauvres suisses, 28%. Notre seule consolation sera la qualité de notre système de santé, la qualité des soins et des services... Ou devrais-je écrire «serait»? Le Health Group Powerhouse propose d'étudier tous les systèmes de santé de l'UE plus la Suisse (25+1) du point de vue du consommateur. Consommateur au sens libéral du terme: l'offre est-elle bonne? Est-on bien soigné? Rapidement? On peut difficilement soupçonner de gauchisme ce think tank très favorable au marché. Pourtant, sa dernière étude 2006 présente le système français comme le meilleur pour le consommateur parmi les 26 systèmes étudiés. La qualité est bien sûr moins facile à chiffrer que les dépenses, et notre pays arrive tout de même cinquième, mais cela indique bien que la qualité n'est certainement pas moindre outre-Jura. Ce simple constat de pure efficacité économique et médicale, sans même parler du côté social, devrait fortement nous inciter, y compris à droite, à nous inspirer de ce système. Je dis bien inspirer. La Sécu n'est pas exempte de problèmes, loin de là, mais refuser de regarder cet exemple sous prétexte de déficits, c'est jeter le bébé avec l'eau du bain. Le déficit est d'ailleurs une notion relative, il ne constitue que 2 ou 3% des coûts totaux et surtout ne constitue que la part des dépenses qui doit être prise en charge par l'impôt, et non par les cotisations sociales qui sont censées les couvrir. Cela pose un problème dans un pays où le budget de l'Etat est déjà dans le rouge, mais rappelons qu'en Suisse 17% des dépenses sont couvertes par l'impôt. Dit-on pour autant que nous sommes en déficit chronique?

Nous reprochons souvent à nos voisins français d'avoir une arrogance telle qu'elle les empêche de se remettre en question. Evitons d'en faire de même par fierté ou par idéologie. L'ironie la plus grande est que le système de la Sécu est en fait très suisse dans son esprit: compromis entre régulation et libéralisme (les médecins sont des indépendants), entre intérêts (patients, médecins et employeurs à la direction), entre aide et responsabilité (cotisation sociale mais participation aux coûts), entre générosité et contrôle.

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Présente pour débattre sur le plateau d'Infrarouge de la caisse unique, Thérèse Meyer-Kaelin, épouse du Dr Claude Meyer, a soigneusement évité de signaler que ce dernier officie en qualité de médecin-conseil d'un grand assureur-maladie du pays. Est-ce dans l'intérêt du public ou dans celui du revenu familial des Meyer qu'elle prend parti contre l'initiative ?
 
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