Un tiers des Suisses estiment que la charge financière des primes maladie n'est plus supportable et seraient prêts à soutenir un système de malus et de bonus, selon le sondage 2006 de santésuisse. Ainsi, les personnes qui ne fument pas, exercent une activité physique et mangent sainement devraient payer des primes plus basses, estime 65% des sondés. Sans développer plus en détail le fait qu'un tel sondage constitute une attaque directe contre un système reposant principalement sur la solidarité, les conclusions que tire santésuisse de son sondage, présenté jeudi à la presse, sont bien évidemment très différentes. Pour santésuisse, les gens mettant leur santé en péril devraient donc passer davantage à la caisse. santésuisse est très certainement favorable à un système de malus, quant au bonus... Les assureurs passent dessus comme chat sur braise. Pour Jacques de Haller, Président de la FMH, cette prime au mérite est une mauvaise idée, tant elle est inapplicable. Elle est le reflet du climat actuel qui vise à instaurer une société normative. On n'en finit pas de décréter ce qui est bien, ce qui est mal. Il voit dans cette mesure une négation de la solidarité face à la maladie. Surtout que la maladie ne dépend pas des modes de vie.
Bertrand Kieffer, va plus loin encore dans le numéro 78 de la RMS. Pour lui :" Si cette prime au mérite se réalisait, elle renforcerait les mécanismes déjà existants d’une vieille séparation sociale : riches et en bonne santé d’un côté, pauvres et malades de l’autre. Toutes les enquêtes le montrent : les facteurs de risque de maladie visés par le bonus/malus du sondage de Santésuisse sont des marqueurs de statut socio-économique. Plus on est pauvre, moins on a de temps et de moyens pour le «souci de soi». Moins on a accès à une compréhension de ce qu’est un comportement à risque. Moins on croit possible de changer quelque chose à sa santé. La pauvreté et la marginalité empêchent de se projeter dans un futur qui apparaît sans intérêt ou angoissant. Et sans cette ouverture vers le futur, la plus grande motivation pour adopter des attitudes «raisonnables» pour la santé n’existe plus." "Inciter les pauvres à se comporter comme des riches en leur faisant payer encore plus que les riches, est-ce vraiment une manière de les motiver ? Ou une de ces perversions moralisantes qui ont toujours plu aux époques bien-pensantes ?", ajoute Bertrand Kieffer.
 L'idée que «l' assurance-maladie devrait financer les traitements à l'étranger si les mêmes prestations peuvent y être fournies à des coûts moindres» recueille de son côté 74% d'avis favorables. Jacques de Haller ne dit pas non mais à condition que cette solution reste volontaire et que les hôpitaux suisses bénéficient du même traitement.
Uniformisation soutenue
L'uniformisation au niveau suisse du financement des hôpitaux publics et privés qui se ferait au moyen de forfaits liés aux prestations reçoit quasiment le même soutien (70%). Près de deux tiers des sondés (64%) pense aussi que les coûts des soins aux personnes âgées devraient être répartis sur plusieurs agents payeurs, à savoir l'assurance-maladie, les pouvoirs publics et les patients. Ils sont en revanche une minorité (48%) à vouloir que seules les prestations indiquées du point de vue médical soient remboursées dans l'assurance de base.
Enfin le projet de caisse unique qui sera soumis en votation en mars recueille 38% de votes favorables contre 44%, qui privilégient le système actuel. «Je m'attendais à ce que davantage de personnes soient allergiques à cette proposition. Les assureurs n'auront pas trop des millions qu'ils ont prélevés sur les cotisations des assurés pour financer leur campagne», souligne Jacques de Haller.
Le sondage aurait été mené fin juin auprès d'un échantillon représentatif de 1203 personnes dans toute la Suisse par l'institut d'études DemoSCOPE. Il s'agit du quatrième publié par l'association faîtière des assureurs-maladie depuis 2003.
Souvenons-nous, tout de même, que lors d'un sondage par sms réalisé par le 24heures et portant sur l'initaitive pour une caisse unique et sociale. Un assureur du pays, n'avait pas hésité a enjoindre, par courrier éléctronique, l'ensemble de ses 1500 collaborateurs à voter dans l'heure par la négative. La validité du sondage donnant les parties à quasi-égalité n'avait pas été mise en cause, alors même que le dit sondage ne portait que sur à peine 3000 votes.
FORUM SANTE POUR TOUS : On prend les mêmes et on recommence
Forum santé pour tous semble de plus en plus prendre le relais d'un santésuisse en mal de crédibilité. Cette "nouvelle" association voit parmi ses membres d'éminents et très attendus personnages déjà bien connus du public. On y retrouve plusieurs membres de santésuisse (son Président d'ailleurs, Christoffel Brändli), de nombreux élu(e)s aux chambres fédérales, lié(e)s aux intérêts des assureurs ou à ceux de l'industrie pharmaceutique. Plus suprenant pour un non-initié, dès sa fondation on y trouvait comme membre, la candidate au Conseil Fédéral Doris Leuthard (élue Conseillère Fédérale depuis et ayant dû renoncer à son siège au sein de ce "Forum") en qualité de représentante du Conseil des sociétaires de la CSS . L'assuré doit aujourd'hui se sentir rassuré de résider dans un pays dont les plus hautes sphères du pouvoir executif disposent de relations si privilégiées avec le monde de la santé et de l'assurance en particulier. On connaissait de longue date les relations qu'entretenait Pascal Couchepin avec le Groupe Mutuel (ancien membre du Conseil d'Aministration de la Mutuelle valaisanne et ami personnel de Pierre-Marcel Revaz). Ce nouvel appui inattendu aux assureurs-maladie au sein-même du Conseil Fédéral apportera sans doute un vent de raffraîchissante concurrence dans le système de santé. N'en doutons pas. |